Eté 1138, la guerre civile fait rage entre le roi Etienne et l'impératrice Mathilde. Lors de la victoire d'Etienne, les membres de la garnison fidèles à Mathilde sont exécutés et jetés dans une fosse. Le frère Cadfael, un moine herboriste se voit confier la protection d'un jeune garçonnet et la mission de préparer les 94 cadavres pour l'office religieux. Mais, en les alignant, il dénombre une 95e victime, et se rend compte que ce cadavre ne semble pas avoir été exécuté comme les autres... Il faudra à frère Cadfael beaucoup de présence d'esprit pour trouver le meurtrier... (www.livres-a-gogo.be)
Un extrait :
Frère Cadfael travaillait encore dans le petit potager près des viviers de l'abbé quand on lui amena l'adolescent.
C'était un brûlant après-midi d'août, et même s'il avait eu suffisamment de gens pour l'aider, ils seraient probablement tous en train de ronfler à l'ombre à pareille heure, au lieu de transpirer au soleil; mais l'un de ses aides, qui n'avait pas encore terminé son noviciat, avait décidé de quitter la vie monastique et il était parti rejoindre son frère aîné aux côtés du roi Stephen, dans cette guerre civile pour la couronne d'Angleterre; quant à l'autre, il avait pris peur à l'approche de l'armée royale, parce que sa famille avait embrassé la cause de l'impératrice Maud, et leur manoir du Cheshire lui paraissait beaucoup plus sûr que Shrewsbury assiégée. Cadfael devait donc tout faire seul, mais en son temps, il avait travaillé sous des climats bien plus chauds, et il était fermement décidé à ne pas laisser son domaine aller à l'abandon, que le monde extérieur soit ou non en proie au chaos.
En ce début d'été de l'An de Grâce 1138, cette lutte fratricide, jusqu'à présent menée sans grande logique, était déjà vieille de deux ans, mais jamais encore elle ne s'était tant approchée des portes de Shrewsbury. A présent, son ombre faisait planer une menace de mort sur le château et sur la ville.
En dépit de tout cela, Cadfael préférait penser à la croissance et à la vie, plutôt qu'à la guerre et à la destruction, et il était loin de se douter qu'une autre manière de tuer - un meurtre très ordinaire, que même cette période d'anarchie ne justifiait en rien - allait bientôt troubler le calme de la vie qu'il avait choisie.
En temps normal, août aurait dû être un mois très calme pour les jardiniers, mais il y avait du travail plus qu'en suffisance pour un homme consciencieux; la seule aide qu'on lui avait proposée était le frère Athanase, qui était sourd, à moitié décrépit, et parfaitement incapable de distinguer une plante utile d'une mauvaise herbe ; Cadfael avait donc décliné cette proposition. Il préférait de beaucoup se débrouiller seul.